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Justice League – Tome 9 : La Guerre de Darkseid
(1ère partie)

Dernière ligne droite pour la série Justice League dont la publication française atteindra dix tomes. Les deux derniers couvrent (et s’intitulent) La Guerre de Darkseid : la première partie est disponible depuis le 17 juin (Tome 09 de la série, chroniqué ici) et la seconde débarquera le 21 octobre prochain (Tome 10).
À noter le 26 août : la sortie en kiosque de Justice League Univers Hors-Série #2 qui sera un excellent complément du Tome 10 (six chapitres qui se déroule en même temps et suivent chacun un super-héros) et qui ne sera pas proposé en librairie par la suite.

justice-league-tome-9-guerre-de-darkseid

[Histoire]
Devant la complexité de l’histoire, voici tout d’abord le résumé très synthétisé de l’éditeur.
La bataille qui couvait depuis des années a enfin commencé : Darkseid contre l’Anti-Monitor ! Poursuivi à travers toutes les dimensions par cette entité cosmique, le tyran d’Apokolips dresse ses troupes les plus acharnées afin de le protéger de ses assauts. C’est une fois de plus à la Ligue de Justice de protéger la Terre de ce malfaisant extraterrestre, mais leurs enveloppes humaines suffiront-elles à affronter des Néo-Dieux ?

Voici ensuite un résumé des deux prologues qui ouvrent l’histoire et situent le contexte très précis ainsi que les (nombreux) acteurs de cette guerre à venir.
Metron siège sur l’ancien trône de Mobius (alias l’Anti-Monitor) : il est « le Témoin » de ce qu’il se passe dans l’Histoire, à travers les multiples dimensions et les nombreuses guerres. Il observe en silence et possède tout le savoir et la connaissance de l’univers possible (grâce à son fauteuil notamment).

Metron Darkseid War

« Je suis Metron. Je suis le gardien des connaissances passées et présentes. L’archiviste des idées et des lignes temporelles.
L’observateur de cet univers et de ceux qui sont au-delà de ce dernier. J’ai vu l’horizon des sombres lendemains.
Une guerre est sur le point d’éclater, entre les deux êtres les plus puissants et les plus malfaisants de l’existence.
Et si je n’empêche pas cette guerre, une fois de plus, l’histoire va se désagréger…
mais cette fois, la réalité ne sera peut-être pas assez stable pour y survivre. […]
Je siège sur le trône de Mobius depuis toujours. J’observe et je demeure silencieux.
Car en vérité, la vie ou la mort de ces êtres ne m’affectent que très peu.
Cependant, si je n’ai plus à les surveiller, je n’ai plus rien à faire. Je scrute le néant.
Aussi, bien qu’il me soit interdit de me servir de mon savoir pour interférer, j’ai déjà désobéi quand j’estimais la menace trop grande. »

Il est en effet à l’origine d’un vieux pacte (une manigance de sa part donc) avec Darkseid pour mettre fin à une guerre entre les planètes Neo-Genesis et Apokolips *. Il avait fait échanger un enfant de Darkseid (le tyran d’Apokolips, monde cauchemardesque) avec un fils du Haut-Père (alias Highfather, le bienveillant de Neo-Genesis), vantant que cela arrêterait le « conflit » (qui a bien entendu eu lieu). L’enfant du Haut-Père est Scott, qui deviendra par la suite Mister Miracle (voir le résumé suivant). Metron a aussi assisté aux différentes crises de l’univers (fin du multivers, dans Crisis on Infinite Earth, puis réhabilitation de celui-ci, dans Infinite Crisis, et enfin la renaissance, via Flashpoint).

Il rend visite à l’Anti-Monitor (anciennement nommé Mobius), entité cosmique (créée pour Crisis on Infinite Earth, en 1986, et antagoniste de Green Lantern Corps) qui règne actuellement sur une dimension jadis dirigée par Le Syndicat du Crime (que l’Anti-Monitor a mis en déroute déchirant ainsi le multivers et créant une convergence de lignes temporelles et d’univers, qui est à découvrir dans Earth 2 – Tome 06 : Convergence, qui sortira le 16 septembre 2016). C’est suite à la destruction de cette Terre-3 par l’Anti-Monitor que Le Syndicat du Crime avait investi la Terre de la Justice League (dans Le Règne du Mal). L’Anti-Monitor est maudit : c’est « le destructeur » qui détruit des univers qui peuvent renaître.

Mobius Anti-Monitor Metron

Metron lui propose un pacte : si l’Anti-Monitor cesse ses assauts contre la Terre, il cherchera un moyen de lui rendre son identité de jadis et le sauvera de sa malédiction. Ce dernier refuse, car il a trouvé une solution : en déclarant la guerre à Darkseid, la mort de celui-ci serait la clé de sa libération. Metron l’avertit que s’il se lance dans cette croisade, la réalité ne survivra pas à cette nouvelle crise. L’Anti-Monitor s’en moque et sera même secondé par Graal, la propre fille de Darkseid, dans son combat.

Il y a plusieurs années, sur l’île de Themyscira, le jour de la naissance de Diana, future Wonder Woman, une amazone du nom de Myrina met secrètement au monde Graal, justement, une enfant née d’une union avec Darkseid. Si le bébé survit, « cet univers mourra et l’anti-Dieu renaîtra » clame une prêtresse qui assiste à l’accouchement et est prise de visions futuristes (dans lesquelles elle voit le « destin » des membres de la Ligue de Justice et la guerre entre Darkseid et l’Anti-Monitor). Myrina tue les deux amazones qui ont vu l’enfant naître et qui souhaitaient le tuer afin d’éviter la « mort » de l’univers qu’elles connaissent, puis la mère s’enfuit et jure de protéger sa fille toute sa vie.

Darkseid Antimonithor

Enfin, voici le résumé global de la suite, plus accessible et parlant très certainement davantage aux lecteurs. Il est volontairement assez détaillé (donc avec de potentielles légères révélations).
Deux sbires de Darkseid, Cravachina, une de ses furies et Kanto, l’assassin favori, tuent plusieurs femmes s’appelant Myrina. Ils cherchent évidemment à tuer Miryna Black, la mère de Graal (et dans la foulée ramener la fille maudite amazone à son père, à Darkseid). La Justice League enquête sur un de ces meurtres.

De son côté, Mister Miracle (anciennement Scott Free, qui avait été esclave sur Apokolips avant de s’en évader) retourne sur Apokolips pour vérifier que Darkseid prépare bien une armée et une guerre. Mister Miracle comprend qu’il va devoir demander l’aide de la Justice League afin de sauver la Terre pour combattre Darkseid (qu’elle a fait choir il y a quelques années, cf. le premier tome de la série). Il copie des données de combat sur une « boîte mère » qui fait également office de « tunnel boom » (permettant ainsi de voyager dans l’espace). Mais le tyran d’Apokolips le surprend…

Graal, la fille de Darkseid souhaitant la mort de celui-ci, s’est alliée avec l’Anti-Monitor (également appelé Anti-Dieu), qu’elle cherche à amener sur Terre et vient combattre la Ligue de Justice. Les super-héros, composés de Batman, Wonder Woman, Flash, Green Lantern, Jessica (Power Ring), Cyborg, Shazam et Steve Trevor seront aidés par Metron.

La mère de Graal, Myrina Black, se consacre également à tenter de tuer Darkseid. Son chemin croise celui de Mister Miracle.

De leur côté, Superman et Lex Luthor tentent de guérir des survivants du virus Amazo. Mais les deux vont se retrouver sur Apokolyps, où Steppenwolf, fidèle élite de Darkseid jure d’anéantir le kryptonien. Il est chargé de préparer les troupes de Darkseid, avec notamment Kalibak, frère de Graal (et donc fils de Darkseid), afin de combattre l’Anti-Monitor sur… la Terre.

Justice League Darkseid War

[Critique]
Attention, ce tome de Justice League est réservé aux fin connaisseurs de l’univers DC (ce qui n’est pas spécialement le cas de l’auteur de ces lignes, contrairement à ce qu’on pourrait croire). Les chapitres introductifs évoquent les multiples crises opérées ces dernières années (Crisis on Infinite Earth, Identity Crisis, Flashpoint — un article est en cours d’écriture pour expliciter tout cela) et bon nombres de personnages oscillent dans ces nouvelles aventures, mettant presque toute la Ligue de Justice en retrait, à l’exception notable de Wonder Woman. C’est en effet la Reine des Amazones qui est ici une des narratrices principales (avec Metron et Mister Miracle). Cela change des précédentes aventures et ce n’est pas plus mal.

Après un début rempli d’informations pas forcément évidentes à saisir aux premiers abords (une seconde lecture une fois le tome lu est conseillée), les chapitres reprennent un rythme plus agréable. Outre le grand aspect introductif, avec chaque protagoniste avançant tel un pion sur un échiquier, de nombreux changements de lieux se produisent, entrecoupé par plusieurs combats. Le point d’orgue sera l’alliance forcée entre Superman et Lex Luthor sur Apokolypse, Batman sur le fauteuil de Metron devenant ainsi un être rempli de savoirs et connaissances (le Chevalier Noir en profite pour avoir confirmation que le tueur de ses parents est bien Joe Chill et demande l’identité du Joker — non dévoilée aux lecteurs (pour l’instant) mais Batman a l’air très surpris en l’apprenant). L’homme chauve-souris explore l’endroit de création de l’Anti-Monitor, accompagné par Green Lantern. Le reste de la ligue (Cyborg, Shazam, Flash, Wonder Woman) prend part au combat entre l’Anti-Dieu et Darkseid, plus ou moins au centre de cet immense champ de bataille. Évidemment, tous ces éléments surviennent principalement en fin d’ouvrage après une efficace montée de tension (et de suspense).

Darkseid War Antomonithor

Clairement, le scénariste Geoff Johns atteint un point de non-retour, à la fois destiné « au grand public » (avec toujours ce côté mainstream ou blockbuster qui n’est absolument pas un défaut, bien au contraire dans le cas présent) mais paradoxalement très dense, en terme d’informations et références, pour un lecteur peu ou prou calé sur le sujet. Si l’artiste sait indéniablement où il se dirige, il prend le temps d’écrire avec élégance les enjeux et aboutissements de quasiment tout le monde. Complexe, oui, mais pas inaccessible pour autant, et permettant une plongée plus intrigante et fouillée que certains volumes précédents (les deux premiers notamment, dont la « légèreté » semble fort lointaine).

Côté écriture toujours, il y a à nouveau le bon binôme Shazam/Cyborg, magie et science, jeunesse inconsciente d’un côté et profondément mature de l’autre. Même si on les voit peu, ils sont efficaces (ils mériteraient une série à part). Comme dit plus haut, le duo Superman et Lex Luthor fonctionne bien aussi, surtout pour les passionnés de l’Homme d’Acier, à qui on offre une situation très inédite de ces deux personnages.

Darkseid War Superman Lex Luthor

Diana/Wonder Woman est (très bien) mise en avant, mais Green Lantern, Jessica (Power Ring), Flash et même Batman sont plutôt relégués au second plan, sans parler de Steve Trevor, presque figurant. Difficile avec tant de justiciers et autres antagonistes de trouver un bon équilibre de toute façon, c’est mieux construit sur la fin du volume et globalement réussi tout de même. On peut déplorer la non « suite » des humains victimes du virus Amazo et qui s’étaient vus agencés de super-pouvoirs, de même que Captain Cold, personnage très important dans La Ligue d’Injustice relégué ici en fond de quelques cases pour sortir une ou deux vannes.

« Je suis Diana, fille des Amazones. En tant que Wonder Woman, je protège l’humanité des Dieux et des Monstres qui cherchent à la détruire.
Quand il est possible d’empêcher une guerre. Je le fais. Mais celle-ci est déjà déclarée. […] Je suis parée au combat. Puis, un Dieu touche Terre.

– Qui es tu ?
– Je suis… désespéré. »
(Wonder Woman à l’Anti-Monitor, alias l’Anti-Dieu, anciennement Mobius)

Les dessins sont assurés par Jason Fabok, d’une exceptionnelle beauté à nouveau (il avait œuvré sur la seconde partie du tome précédent). Des traits précis et fins, un style élégant et sublime, avec une colorisation de Brad Anderson. Chaque personnage est reconnaissable, les scènes d’action sont d’une parfaite fluidité, l’esthétisme de l’ensemble est une véritable claque visuelle.

Darkseid War

L’artiste illustre quasiment tout le tome, à l’exception du premier prologue (le chapitre #40 de la série Justice League), où il est épaulé par six dessinateurs différents (dont Jim Lee pour le plus connu et apprécié d’entre eux), sans que cela gène la cohérence graphique. D’ailleurs la couverture cite Jim Lee et Kevin McGuire parmi les artistes principaux de l’album, mais c’est un poil « mensonger », ces deux là n’ayant participé qu’à quelques planches d’un seul chapitre. Il aurait été plus logique de citer uniquement Johns et Fabok, ou bien, par soucis d’équité, d’ajouter Anderson.

La Guerre de Darkseid est composé de Justice League #40, faisant donc office du premier prologue, puis de New 52 Divergence FCBD Special Edition #1, constituant le second (et plus court) prologue. Les chapitres #41 à #44 complètent l’histoire qui se terminera dans un dixième et dernier tome, très attendu, qui contiendra les chapitres #45 à #50 (sortie prévue le 21 octobre).

Graal Darkseid War

En attendant, cette avant-dernière salve de la Ligue de Justice façon New52 est totalement réussite. Elle nécessite des connaissance en amont mais livre avec brio des scènes remarquables, aussi bien les affrontements « simples » que les épiques. Chaque planche est un régal pour les rétines et les dialogues, ainsi que les discours narratifs, sont loin d’être enfantins ou « superficiels », d’excellents atouts qui font de cette Guerre de Darkseid l’une des meilleures production du Relaunch opéré en 2011 et indéniablement un « coup de cœur » du site.

Quelques couvertures alternatives complètent  le livre ; celui-ci propose également la traditionnelle « Présentation des personnages » en ouverture, en l’occurrence celle des membres de la Ligue de Justice, et non de l’Anti-Monitor, Darkseid ou Mister Miracle par exemple, c’est tout de même dommageable. L’introduction à l’histoire de manière générale est davantage un résumé (bien rédigé) des principaux arcs narratifs précédents. Pour la galerie des nombreux personnages relatés dans les prologues, un simple renvoi vers les ouvrages des « trois crises » (Crisis on Infinite Earth, Infinite Crisis et Flashpoint — Johns a scénarisé ou participé à l’écriture des deux dernières) est précisé, un peu trop faible. Entre ceci et les deux noms racoleurs sur la couverture, c’est un défaut sur lequel l’on peut pinailler.

Rêvons un peu : l’éditeur pourrait sortir une version « de luxe » en compilant ce tome avec le prochain, et en incorporant les chapitres qui seront dans un hors-série du magazine Justice League Univers (qui sortira le 26 août prochain) et qui reviendra sur six super-héros devenus des Dieux cosmiques (comme le montre déjà une partie de la fin du récit). Un livre qui ne contiendrait pas de numérotation et qui bénéficierait d’un agrandissement de format, voilà qui serait un beau cadeau pour les lecteurs, pour fêter dignement la fin des New52.

Darkseid Miracle Man(Mister Miracle face à Miryna Black, la mère de Graal.)

* Création de Jack Kirby dans les années 70 avec « Le Quatrième Monde », qui dévoilait des Néo-dieux (New Gods) et notamment Darkseid et le Haut-Père (Highfather), sur leurs planètes utopiques respectives : Apokolips et Neo-Genesis. Leurs affrontements se répercuteront sur la Terre et par conséquent sur l’univers et les super-héros de DC Comics. Inspirés par les religions juives et chrétiennes, ces mythes fondateurs —longtemps inédits en France— sont disponibles en deux tomes chez Urban Comics. On y découvrait également Mister Miracle, pour la première fois, qui fait donc son apparition « New52 » dans ce neuvième tome de la Justice League.

NB : Si un-e lecteure-rice sait s’il y avait des séries plus spécifiques à celle de Justice League à lire en amont de ce neuvième tome, qu’il/elle n’hésite pas à se manifester par commentaire ou sur la page Facebook. Il semble assez étrange qu’Urban n’en fasse pas mention (les séries Wonder Woman ou Green Lantern peut-être ?). Idem si certaines des informations sont fausses ou incomplètes, selon les recherches effectuées non, mais on ne sait jamais. Merci d’avance ! 🙂

Darkseid Wonder Woman

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 17 juin 2016

Scénario : Geoff Johns
Dessin : Jason Fabok | (ainsi que Kevin Maguire, Jim Lee, Phil Jimenez, Dan Jurgens, Jerry Ordway, Scott Kolins pour le JL#40)
Encrage additionnel pour le JL#40 : Scott Williams
Couleur : Brad Anderson pour tout | Alex Sinclair, Rob Leigh (en plus de Brad Anderson) uniquement pour le JL#40
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Edmond Tourriol — Studio Makma

(Contient : JL #40-44 + New 52 Divergence FCBD Special Edition #1)

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Batman God

Justice League – Tome 8 : La Ligue d’Injustice

Ligue Justice Tome 8 Ligue d'Injustice

[Histoire]
Après les évènements survenus durant Le Règne du Mal, la Ligue de Justice intègre Shazam dans ses rangs, qui se lie d’amitié avec Cyborg. Considéré comme le sauveur de la Terre, Lex Luthor, souhaite lui aussi rejoindre l’équipe mais ses membres sont réticents.

Luthor a déduit l’identité de Batman et se rend au Manoir Wayne pour en informer le principal intéressé. Il souhaite avoir l’avantage sur une proposition de partenariat économique avec les entreprises Wayne (quitte à faire du chantage). Le terrible homme d’affaires recrute également Captain Cold (ennemi de Flash normalement) pour assurer sa sécurité.

Par ailleurs, l’anneau de Power Ring a pris possession de l’esprit de Jessica, une « simple » citoyenne. Véritable entité maléfique, l’artefact contrôle directement la jeune femme qui commet des actes de destruction à son insu. Pour l’aider, c’est la Doom Patrol qui doit intervenir, petite équipe hétéroclite dont les membres sont rejetés par la société à cause de leurs « gueules cassées ».

Enfin, Superwoman, une des trois survivantes du Syndicat du Crima est emprisonnée et… enceinte !

Injustice League

[Critique]
Transition obligatoire, les chapitres de l’après Règne du Mal sont davantage contemplatifs et (un peu) moins portés vers l’action (surtout dans sa moitié initiale). Cela n’est pas une mauvaise chose, mais l’on y découvre un fourre-tout pas forcément très bien équilibré. Les membres de la Ligue de Justice se résument au trio emblématique (Superman, Batman et Wonder Woman) gravitant autour de Lex Luthor. Les autres (Flash, Aquaman…) font office de figuration. Cette façon de faire n’est pas forcément déplaisante mais on se sent un peu lésé par rapport aux autres protagonistes (un « défaut » par ailleurs récurrent sur l’ensemble de la série). Les quelques échanges entre Shazam et Cyborg fonctionnent bien et apportent une touche d’humour non négligeable.

Shazam à Cyborg :
– Qu’est-ce que vous faîtes pour vous amuser, par ici ? Parce que là, bonjour l’ambiance ! On doit bien pouvoir faire autre chose que de surveiller, non ? Il n’y avait pas de table de ping-pong dans l’ancienne tour de garde ?

– Non.
– Il vous en faut une. Sérieux. Et une piscine, aussi.
– Aquaman en voulait une.
– Tu as déjà remarqué qu’il dégageait comme un léger parfum de poissonnerie ? Ne lui dis pas que j’ai dit ça, hein ?
– T’inquiète.
– Bon. Vous avez au moins une XBox, quand même ?
– Moi, ouais. Dans mon épaule gauche.
– Sérieux ?! On se fait une partie ?

Bruce Wayne Luthor

L’ouvrage contient deux arcs : La Ligue d’Injustice (curieuse appellation) et Le Virus Amazo. Si la première est plutôt « originale » sur son histoire (centrée sur Luthor donc), elle oscille entre l’agréable et le moyen (qu’advient-il de la Doom Patrol, soudainement survenue ?). Constat surtout imputable à cause des planches de Doug Mahnke, qui manquent clairement de « style », c’est très banal, pas forcément esthétique ni extraordinaire. Les visages sonnent « faux ». La seconde est plus efficace grâce aux dessins de Jason Fabok. Ses traits sont somptueux, détaillés et léchés, se rapprochant de ceux de David Finch et de Jim Lee ; ces trois artistes ayant un style assez similaires et très efficaces. Les scènes d’action sont d’une fluidité exemplaire. Visuellement sublime.

Fabok Wonder Woman

Scénaristiquement plus faible (et très prévisible), l’aspect graphique prime quand même avant tout et relance l’intérêt de la série, qui avait tendance à se centrer beaucoup trop autour de Lex Luthor. Ce parti pris (discutable) s’avère toutefois payant puisqu’en un volume on assiste à l’ascension puis la chute de l’éternel ennemi de Superman ; bien que son sort (au sein de la Justice League) ne soit pas définitivement statué à la fin. Fin qui annonce d’ailleurs le retour de Green Lantern, dans l’apprentissage du Power Ring pour Jessica (à lire dans la série de Green Lantern à priori). L’ensemble du récit est toujours écrit par Geoff Johns (depuis le tout début de la série). L’auteur soigne son histoire et sait où il va, il est par contre dommage que certains passages lui échappent ou ne soient qu’éphémères (la Doom Patrol en est le parfait exemple, on pourrait en rajouter beaucoup d’autres, la plupart étant à suivre dans les séries d’autres super-héros, ce qui est parfois agaçant). Le fil rouge narratif principal est, en tout cas, toujours solide et passionnant, c’est l’essentiel.

« Ma Doom Patrol est un groupe de soutien pour méta-humains
incapables de devenir les dieux et les déesses qui constituent la ligue de justice. »
Niles Caulder, chef de la Doom Patrol

Le chef antipathique Niles Caulder de l’équipe des Doom Patrol n’aide pas à générer de la sympathie pour lui, voire pour ses membres, peu fouillés et débarquant un peu brusquement (Element Woman servant de lien avec les anciens chapitres puisqu’elle apparaissait en amont dans la série mais aussi dans Flashpoint et dans La Ligue de Justice d’Amérique).

Doom Patrol

Un chapitre un peu particulier vient clore ce huitième tome, il s’agit de Compte Rendu qui achevait Justice League of America, courte série conçue uniquement pour faire le lien avec la Guerre des Ligues. En quatorze chapitres (dont presque la moitié ont été publiés dans le tome 4 de Justice League pour une meilleure cohérence en France), cette ligue particulière n’a pas été bien exploitée (elle n’était qu’un prétexte à être une troisième équipe qui prendrait part à un event) et s’est terminée en se scindant en plusieurs mini-séries. Une de ses « suites » est Justice League United (inédite chez nous) se concentrant sur Le Limier Martien et Stargirl qui prennent la tête de leur nouvelle league.

Ces deux personnages sont justement au cœur de cet ultime chapitre, servant de conclusion à la fois au livre, mais aussi à la série éponyme (et qui fait donc suite au quatrième tome). Saluons le choix d’Urban de le placer ici. D’autant plus que cette « fin » n’est pas spécialement épique. Se succèdent ainsi bon nombre de dessinateurs pour dévoiler un Limier Martien bien trop impulsif et colérique qui rejoint une jolie et maline Stargirl, avant de devenir un duo s’éloignant de la Terre. Entre-temps, le lecteur découvre ce qu’il est advenu de chaque ancien membre (Katana, Green Arrow, Catwoman…).

Stargirl

La Ligue d’Injustice sonne donc comme une transition post-Forever Evil (ce qui est logique), beaucoup trop orienté sur Lex Luthor (cela peut déplaire), ne mettant pas assez en avant des membres de la Ligue de Justice et contenant trop d’annonces laissées en suspens : Owl Man, Superwoman, la Doom Patrol, les futurs métahumains (et quid de Metal Men et des autres ligues des volumes précédents ?)… Néanmoins, l’ensemble fonctionne et se lit très bien. Il devrait déboucher sur quelque-chose de plus grand, comme le prouve le dernier chapitre du Virus Amazo. Il tend vers une épopée plus cosmique (La Guerre de Darkseid — qui sera en effet le titre des deux derniers tomes de la série) et dirige vers Convergence, un nouvel évènement massif qui impactera toutes les séries (oui, encore) et pourrait même causer un relaunch (MàJ mai 2016 : c’est effectivement le cas avec Rebirth). Du côté de Batman : du mal à anticiper la suite puisque Luthor, clairement en mauvaise posture au sein de la Ligue, connaît son identité. Entre cette information et les nouvelles, découvertes dans l’œuvre, on espère que la suite et fin de la série les utilisera à bon escient.

Malgré les défauts évoqués, la série, injustement qualifiée de mainstream et/ou « destinée au grand public » (pourquoi serait-ce un défaut ? pourquoi penser que, par conséquent, ce n’est « pas bien » ? la qualité peut être au rendez-vous également, c’est le cas depuis le début de toute façon), gagne en profondeur et assure une lecture divertissante et agréable.

Batman Superman Virus Amazo

« Vois-tu, chère sœur, les criminels méta-humains tuent des centaines de personnes, chaque année.
Aucune prison sur Terre n’est en mesure de les retenir bien longtemps.
Plus de 87% des méta-humains violents s’évadent moins de trois mois après leur incarcération.
En moins d’un mois à Arkham.
Après avoir rencontré les familles des victimes, je leur ai juré que je trouverais un meilleur moyen de neutraliser ces terribles criminels.
J’ai alors cherché comment bloquer les pouvoirs méta-humains.
Le Virus Amazo a été conçu pour les inhiber temporairement.
»
Lex Luthor

Luthor

 

[À propos]
Publié en France chez Urban Comics le 23 octobre 2015
Scénario : Geoff Johns + Matt Kindt (Compte Rendu)
Dessin : Doug Mahnke (La Ligue d’Injustice #1-4 + Le Virus Amazo Prologue), Ivan Reis (La Ligue d’Injustice #1 + Le Virus Amazo Prologue), Jason Fabok (Le Virus Amazo #1-5), Scott Kolins (épilogue La Ligue d’Injustice) et collectif (Compte Rendu)
Encrage : Scott Hanna (La Ligue d’Injustice), Christian Alamy (La Ligue d’Injustice + Le Virus Amazo Prologue) et Keith Champagne (La Ligue d’Injustice #2-4 + Le Virus Amazo Prologue) et collectif ( Le Virus Amazo Prologue et Compte Rendu)
Couleur : Rod Reis (La Ligue d’Injustice #1-2), Andrew Dalhouse (La Ligue d’Injustice #3-4-ép.), Brad Anderson ( Le Virus Amazo), Brian Miller (Hi-Fi) (pour Compte Rendu)
Lettrage : Stephan Boschat — Studio Makma
Traduction : Edmond Tourriol — Studio Makma

(Contient : JL #30-39 + JLA #14)
La Ligue d’Injustice (JL#30-34 + ép.) / Le Virus Amazo (prologue + JL#35-39) / Compte Rendu (JLA#14)

Power Ring Jessica

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Lex Luthor Alfred

Batman Eternal – Tome 03

Page récapitulative ► Batman Eternal

Batman Eternal Tome 3

[Histoire]
Catwoman affronte plusieurs criminels puis décide de s’intégrer elle-même dans le milieu de la pègre et de gravir les échelons au sein de la mafia.
Batgirl interroge Jason Bard pour savoir quel est son rôle dans cette orchestration.
L’Asile d’Arkham s’écroule, sous Batwing et Le Spectre, libérant certains détenus comme Mister Freeze et Bane. Alfred se retrouve avec l’un d’entre eux…
Parallèlement, Silence fait exploser des caches d’armes de Batman dans Gotham City. Le Chevalier Noir va pourchasser son ancien ami d’enfance tout en voyant l’empire financier des Wayne chuter petit à petit.

Batman Batwing[Critique]
Un troisième tome encore plus efficace que les deux précédents, avec des situations osées (l’effondrement total de l’asile !), amenant parfois à des scènes originales (le duo Alfred/Bane !). Beaucoup d’action dans ce volume : si la plupart des scènes de combat sont fluides et lisibles, on regrettera leur côté expéditif (le duel entre Batman et Silence, un peu décevant). Par ailleurs, Batman Eternal engrange une nouvelle série : Arkham Manor. En effet, le Manoir Wayne lui-même sert d’asile temporaire pour remplacer celui d’Arkham ! Des références y sont faites dans la BD, il est dommage de ne pas pouvoir découvrir cette série en France. De la même façon, la montée de Catwoman dans la mafia est trop rapide, mais cette ascension est plus détaillée dans sa propre série (à partir du chapitre #35).  Urban Comics édite l’équivalent du sixième tome de la série Catwoman (le cinquième marquant la fin d’un arc) sous le titre de Catwoman Eternal justement. *

Batman Arkham ManorOn tient ici un tome en parfaite continuité artistique et dont la qualité réjouit. Les dialogues au sein de la Bat-Family et la nouvelle situation, inédite, qu’offrent la série sont prenants. De même, l’association extrêmement tendue entre les détenus d’Arkham (dans la dernière partie) et l’arrestation de Silence sont deux axes intéressants que suit Batman Eternal. On ne sait toujours pas qui est derrière toute la machination débutée, de nouvelles pistes apparaissent à la fin du récit. Attention d’ailleurs à la dernière ligne droite et la conclusion, à découvrir dans le quatrième et dernier volume, même si pour l’instant le voyage effectué vaut le coup. Graphiquement chaque chapitre possède un style particulier (Javier Garron pour le #27, Jason Fabok pour les #32-33, Fernando Blanco pour le #35, Andrea Mutti pour les #37-38 ou encore Felix Ruiz pour le #39) qui le rend tout très agréable à la lecture et confère une certaine homogénéité.

* Selon le site  de l’éditeur :
Catwoman – Tome 04 contient les chapitres #19-24 et #26 + Annual #1 et est sorti le 12 juin 2015.
Catwoman – Tome 05 contient les chapitres #25 et #27-34 + Catwoman Futures End #1 et est sorti le 3 juillet 2015.
Le premier volume de Catwoman Eternal proposera les #35-40 + Annual #2 et sera disponible le 18 septembre 2015, soit une semaine plus tôt que Batman Eternal – Tome 03.

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Batman Eternal – Tome 02
Batman Eternal – Tome 03
Batman Eternal – Tome 04

Batman Eternal Catwoman Batman Fille du Joker