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La splendeur du Pingouin

Zoom sur l’incontournable Pingouin dans un récit complet accessible et à bas prix (16€), sorti en 2013 et qui sera proposé à partir de juin 2021 à 4,90€ grâce à la seconde opération estivale d’Urban Comics.

[Histoire]
Repoussant et difforme, Oswald Copplebot est passé du statut de martyr à l’un des plus puissants criminels de Gotham City. Génie du mal, prompt à faire basculer la vie d’une personne qui se moque de lui à un véritable enfer, le Pingouin découvre une nouvelle forme de bonheur en se nouant d’amitié avec une femme aveugle…

[Critique]
Entremêlant une enfance (forcément) malheureuse et une activité de nos jours de « parrain » local craint, le récit autour du Pingouin suit un sentier assez balisé pour peu qui a vu le film Batman – Le Défi (qui semble être une source d’inspiration pour le comic avec davantage de noirceur). La fiction nous emmène donc dans l’univers d’Oswald Copplebot sans réelles surprises : des crimes divers, des vengeances dès qu’on lui manque de respect, son attrait pour les volatiles et parapluies, des visites nocturnes de Batman et… une idylle avec une femme aveugle, Cassandra, qui ne le juge donc pas sur son physique. Gravitent autour de ces éléments deux autres axes narratifs liés : sa jeunesse ponctuée d’humiliations quotidiennes (par ses camarades ou sa famille) et sa relation singulière avec sa mère. Cette dernière était visiblement la seule personne lui témoignant de l’affection, Oswald lui accorde un soin particulier lorsqu’elle est devenue très âgée et diminuée — on la croit d’ailleurs morte, faute à une ambiguïté régnante entre les angles de vue la montrant à peine dans l’ombre et son mutisme permanent, rappelant le célèbre Psychose d’Alfred Hitchcock. Oswald offre des bijoux aux deux femmes qui de sa vie : sa mère et Cassandra. De la joaillerie volée sur laquelle enquête bien sûr le justicier de Gotham…

L’ensemble se lit vite, le rythme est bien équilibré, alternant flash-backs et présent, dialogues et pensées du Pingouin (narrateur de l’histoire). Les dessins de Szymon Kudranski  sont le point fort du livre mais sont loin d’être parfaits, plongeant le lecteur dans un univers sinistre, parfois violent et très sanglant (une décapitation ouvre le premier chapitre). Tout est noir, littéralement parlant puisque la plupart des cases sont extrêmement sombres, on peine parfois à distinguer ce qu’il s’y passe, surtout dans les scènes d’action. Les quelques tonalités brunes apportent une petite visibilité, élégamment couplées à celles bleutés, donc plus froides entourant l’aura du fameux Pingouin. C’est plutôt joli mais on aurait apprécié un peu plus de « luminosité » pour mieux parcourir les planches, aux segments parfois « illisibles », même si le travail sur ces jeux d’ombre et de lumière atteignent des sommets, sublimé par la colorisation de John Kalisz, le temps d’une ou deux cases assez régulièrement, avec un rendu quasi photographique.

Le récit signé Gregg Hurwitz associé aux élégants dessins (mais trop sombres) peine malgré tout à générer une certaine empathie (à défaut d’une pitié) pour son protagoniste, beaucoup trop proche mais aussi paradoxalement éloigné de son incarnation par Danny DeVito (le comédien apparaît d’ailleurs comme victime du Joker en arrière plan d’une case !). Trop proche dans sa façon de coller à peu près à la même histoire initiale, trop éloigné car manquant le coche pour se sentir touché par l’évolution d’Oswald (à l’inverse du long-métrage de Tim Burton donc). On s’en rapproche de temps en temps mais trop rarement, lors de quelques idées novatrices rapidement esquissées, vite envolées. Comme lorsque le Pingouin se mue en son ennemi juré dans un miroir, se demandant à quoi ressemble le monde de « son » point de vue. Bien sûr, on est plus ou moins « touché » selon sa sensibilité par la solitude d’Oswald, et in fine par sa tristesse et le pathos qu’il dégage, mais il manque quelques ingrédients qui auraient pu aboutir sur un coup de maître : une poésie macabre plus prononcée et une intrigue plus originale par exemple. Le binôme d’artiste (Hurwitz et Kudranski) a par la suite œuvré séparément ou ensemble sur la série Detective Comics (incluant Jours de colère) et Le Chevalier Noir.

Passé ces cinq chapitres de Pain & Prejudice (son titre originel), on a le droit à deux planches sur les origines du Pingouin (Countdown 52 #29) et surtout un épisode complet (Rira bien…) écrit par Jason Aaron et dessiné par Jason Pearson (Joker’s Asylum : The Penguin #1). Cet ultime récit raconte quasiment la même chose que La splendeur du Pingouin mais tient sur une vingtaine de pages, en étant tout autant efficace si ce n’est plus. Rédigé avant le premier (2008 vs. 2011/12), ce segment  fait partie d’une compilation d’histoires narrées par le Joker à propos de ses collègues d’Arkham. En synthèse, il est évident que le livre s’adresse aux fans du Pingouin, avides de retrouver ou découvrir le personnage malgré une narration sans grande audace et un aspect « déjà-vu ». Les amoureux de Batman ne seront pas servis en lisant cette histoire qu’on conseille davantage pour sa forme (les dessins et leur colorisation, même s’ils sont parfois trop sombres) que le fond (le scénario en lui-même).

[A propos]
Publié le 5 juillet 2013 chez Urban Comics

Scénario : Gregg Hurwitz (+ Jason Aaron)
Dessin : Szymon Kudranski (+ Jason Pearson)
Couleur : John Kalisz (+ Dave McCaig)

Traduction : Jérôme Wicky
Lettrage : Stephan Boschat — Studio MAKMA

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Batman : Le Chevalier Noir – Tome 2 (réédition intégrale)

Urban Comics réédite depuis 2018 certaines de leurs séries en compilant en moyenne deux à trois « tomes simples » en un seul, proposant ainsi un nombre réduit de livres (deux à quatre) pour avoir une série complète. C’est le cas de Batman : Le Chevalier Noir, une série initialement divisée en quatre « tomes simples » (Terreurs Nocturnes, Cycle de Violence, Folie Furieuse et De l’Argile) et republiée en 2019 sous forme d’intégrale en deux volumes (comprenant évidemment les deux premiers « tomes simples » pour l’un, les deux derniers pour l’autre). Le premier a fait l’objet d’une critique ici et le second, chroniqué ici, sortira le 11 octobre 2019. La série s’inscrit plus ou moins en suite du one-shot La Nouvelle Aube (plutôt moyen) mais nul besoin de connaître cette histoire pour découvrir Batman : Le Chevalier Noir. À noter que la couverture à gauche (celle du troisième tome simple) est censée être celle reprise pour ce deuxième et dernier volet de la version intégrale.

En toute logique, le sommaire proposera les récits reprenant les anciennes éditions, centrés respectivement sur Le Chapelier Fou, Gueule d’Argile, Le Pingouin et Manbat :
Folie Furieuse [Batman : The Dark Knight #16-21 + Annual #1]
De l’Argile [Batman : The Dark Knight #22-25]
Sans voix [Batman : The Dark Knight #26-27]
Bestial [Batman : The Dark Knight #28-29]
L’absence des 4 chapitres bonus centrés sur les ennemis de Batman est tout à fait normal car ils sont totalement déconnectés de l’ensemble et faisaient partie du « Vilains Month ». Il s’agissait des épisodes #23.1 (Le Ventriloque), #23.2 (M. Freeze), #23.3 (Gueule d’Argile) et #23.4 (La fille du Joker) et avaient été chroniqués et ont été chroniqués dans cet article. Voir tout en bas de cette page pour plus d’explications.

 
(Les couvertures des deux « tomes simples », Folie Furieuse et De l’Argile — publiés en France en juin 2014 et août 2016 — aujourd’hui plus en stock et donc réédités sous forme d’intégrale.)

[Histoire – Folie Furieuse]
Plusieurs kidnappings sans connexions apparentes ont lieu dans Gotham. Le Chevalier Noir enquête et poursuit des malfaiteurs… Il comprend assez tôt que le Chapelier Fou est derrière tout ceci, mais dans quel but ? Il peut contrôler à distance toutes les personnes qui portent ses chapeaux, de quoi lui créer une armée docile et complice facilement…

Dans le civil, Bruce Wayne enchaîne les erreurs dans sa relation avec Natalya, ayant du mal à jongler avec sa double-vie. La femme risque de le quitter pour de bon.

[Critique]
Après avoir dévoilé une partie de l’enfance et des traumatismes de l’Épouvantail dans la seconde moitié du tome précédent (la meilleure) place à la même chose pour le Chapelier Fou. Où l’on apprend qu’enfant il avait une déficience en testostérone et qu’un médicament censé le guérir a développé « une agressivité accrue, un aspect obsessionnel et de la paranoïa ». Sans surprise, une romance avortée avec une certaine Alice a également pesé dans la balance de son destin.

Placer Jervis Tetch au centre du récit est une bonne idée, clairement, car cet antagoniste se fait plutôt rare dans les aventures de Batman, ou bien il est souvent relégué dans un rôle très secondaire voire dans des apparitions éclairs. Cela se comprend car le personnage est prisonnier de sa matrice identitaire : une version maléfique du célèbre chapelier d’Alice au pays des merveilles, qui contrôle mentalement les gens et… qui veut souvent (et « simplement ») recréer des scènes issus du classique littéraire de Lewis Caroll. Aussi bien dans les comics que les dessins animés, ou encore les jeux vidéo, il est rare que le Chapelier Fou s’éloigne de ces trois aspects. Ce qui en fait à la fois sa force (les premières fois ça fonctionne, ou bien quand il y a une certaine originalité dans ce développement — on pense par exemple à Arkham Knight, dernier opus de la saga Arkham, et notamment le niveau bonus La Saison de l’Infamie) et sa faiblesse (on a quand même vite fait le tour, on apprend rien de nouveau à chaque fois même si le voyage reste plaisant s’il y est bien mis en scène, comprendre écrit et croqué).

La narration fonctionne, entre autres, grâce à un humour particulier (jeux de mots ridicules et situations absurdes) mélangé à des séquences particulièrement macabres (on retrouve, en fin de la bande dessinée, ce qui faisait le sel de l’histoire sur l’Épouvantail). Hélas, on se perd un peu dans les versions imaginaires et réelles des protagonistes — c’est le but certes, mais ce n’est pas très fascinant, au contraire — et, surtout, on devine rapidement ce qu’il va se passer. D’un côté l’avancement du Chapelier et son armée de citoyens manipulés à distance (un élément de fiction toujours aussi « faible » en terme de crédibilité et « facile » pour s’octroyer aisément une forte main d’œuvre — donc un point toujours dommageable, que ce soit dans le cas du Chapelier (qui a systématiquement recours à cela) ou d’autres ennemis de Batman), de l’autre l’évolution de la relation de Bruce et Natalya.

A l’instar du tome précédent, on n’y croit absolument pas. Ce personnage féminin a été introduit bien tardivement et on peine à s’y attacher ; de même on a du mal à trouver crédible cette arrivée soudaine dans la vie du milliardaire et cet amour excessif qu’il lui porte (en étant prêt à raccrocher la cape pour elle !). Ce souci d’écriture n’est pas lié à ce tome en particulier mais au travail général sur toute la série, il aurait été plus judicieux de l’introduire dès le début (à la place de la mystérieuse fille lapin qui a disparu et ne reviendra plus) et de développer au fil des épisodes une véritable liaison. L’issue tragique de la jeune femme n’émeut pas plus que ça, était assez prévisible et sert juste à relancer (faiblement) le scénario.

Celui-ci est désormais signé Gregg Hurwitz et les dessins sont de Ethan Van Sciver (#16 à #18) et Szymon Kudranski (#19 à #21 + Annual #1, aka l’interlude — qui propose une jonction cohérente avec le tome précédent un soir d’Halloween mais reste assez oubliable, in fine) ; les couleurs de Hi-Fi. Le premier propose un style graphique assez classique mais efficace : traits fins, découpage dynamique, colorisation cohérente avec des compositions et travail de la lumière agréable… Un côté « mainstream » pas du tout déplaisant mais peut-être trop commun pour vraiment sortir du lot. Le second, en revanche, a clairement une « patte » artistique, proche d’un Jock (Sombre Reflet), avec ses traits anguleux et ses jeux d’ombre. L’ensemble apporte clairement une touche singulière fort appréciable !

Un sans-faute donc côté graphisme et des soucis sur l’écriture, relatif à un personnage « conceptuel » qui peine à se renouveler mais qui n’avait jamais été, paradoxalement, aussi bien modernisé, fouillé et enrichi. Il faut bien sûr ajouter l’élément (secondaire) loupé du scénario pour justifier le problème majeur de l’histoire : la relation entre Bruce et Natalya, dans laquelle le lecteur se sent aussi peu investi que Bruce.

[Histoire – De l’Argile]
Lors d’une prise d’otage, le commissaire Gordon intervient pour s’échanger contre un prisonnier. Le policier tue ensuite les ravisseurs avant de s’en prendre à Batman ! Gueule d’argile se cache bien entendu derrière Gordon et l’ennemi du Chevalier Noir prend aussi l’apparence de Natalya pour déstabiliser le justicier. Comment a-t-il su qu’il y avait un rapport entre les deux ?

[Critique]
Gregg Hurwitz écrit à nouveau cette suite (ainsi que les deux histoires suivantes, cela conserve une certaine cohérence). Alex Maleev s’occupe des dessins, avec une ambiance polar et glauque efficace.

C’est évidemment au tour de Gueule d’Argile d’avoir droit à ses flash-backs contant les origines du monstre. Rarement mis en avant (même si le personnage jouit d’une nouvelle popularité depuis la série Detective Comics Rebirth — et qu’on ne peut que conseiller le double épisode qui lui est consacrée dans la série animée de 1992), il est plutôt bien croqué (narrativement et graphiquement). On y apprend que l’acteur raté a hérité d’une substance argileuse, source du pouvoir de transformation, par… le Pingouin. Qui devient donc son créancier.

Quelques connexions discrètes avec la série Batman (et son tome 6 notamment), la présence du chien Titus (surtout vu dans la série Batman & Robin), et des apparitions de deux membres des Birds of Prey de l’époque : Condor et Black Canary. De quoi élargir un peu l’univers du Caped Crusader dans cette série, très centrée sur Batman et ses ennemis. Du reste, ce segment sur Gueule d’Argile est dans la continuité des deux précédents : simple, efficace, divertissante, bien dessinée. Si on est peu exigeant, pas de raisons de ne pas accrocher.

[Histoire – Sans voix]
Dans un pays inconnu et visiblement du tiers-monde, une femme perd son travail. Elle vit démunie avec sa mère et ses deux enfants mais ne peut subvenir à leurs besoins. Sont dernier né meurt. Son autre fille se fait enlever. La famille converge vers Gotham dans les entrepôts du Pingouin

[Critique]
Comme son titre l’indique plus ou moins, Sans voix ne contient aucun dialogue ! C’est le tour de force de ces deux chapitres, qui se « lisent » (ou plutôt se regardent) sans avoir besoin de texte. Cela rappelle un excellent épisode de Requiem, lorsque Batman est en deuil et où le scénariste avait usé du même effet. Ici, l’ensemble est efficace, même s’il reste anecdotique mais met en avant la cruauté du Pingouin et, comme toujours dans la série, une certaine violence excessive. Hurwitz poursuit donc son traitement anglé sur un ennemi emblématique du Chevalier Noir mais dessiné, cette fois, par Alberto Ponticelli qui instaure un style réaliste qui se marie bien avec cette idée de dialogue absent.

[Histoire – Bestial]
Man-Bat
est de retour, plus violent que jamais. Les soupçons de Batman se portent évidemment sur Kirk Langstorm mais il s’avère que c’est son père, Abraham, qui utilise désormais le sérum le transformant en chauve-souris géante.

[Critique]
À l’instar de l’épisode précédent, deux chapitres sont bien trop courts pour vraiment marquer les mémoires. Dommage car l’aura de ce nouvel antagoniste est plutôt puissante et effrayante. Pourquoi pas l’utiliser plus tard pleinement qu’ici en légère introduction… Hurwitz achève ainsi son petit run, cette fois dessiné par Ethan Van Sciver (qui s’occupait de l’histoire sur le Chapelier Fou) qui réussit à dévoiler un monstre bourré de détails.

> Conclusion (à propos de l’entièreté de la série qui fut annulé au bout de 29 chapitres).

Quatre tomes simples inégaux (le meilleur est le deuxième, puis le troisième, le quatrième et enfin le premier) et donc deux intégrales inégales aussi, chacune comptant un bon segment et un autre plus moyen. Difficile de conseiller l’achat du coup. Rien de révolutionnaire dans Le Chevalier Noir si ce n’est l’accent mis sur des ennemis normalement secondaires. D’un point de vue éditorial, on peut s’étonner que cette série ne fut pas incruster dans les magazines kiosque de Batman à l’époque, elle y aurait davantage eut sa place plutôt que de bénéficier du prestige de librairie directement. Mais il en faut pour tous les goûts, et il est vrai que le côté « divertissement violent simpliste » séduit forcément une cible, habituée ou non aux aventures du Caped Crusader. Même si Greg Hurwitz n’est pas un nom très connu ou qui fait vendre, on aurait plutôt imaginé une saga type « Greg Hurwitz présente… » et un enchaînement de 6 petits volumes (L’Épouvantail en deux parties, idem pour Le Chapelier Fou, puis un pour Gueule d’Argile et un dernier pour le Pingouin — dont il avait déjà signé le one-shot La Splendeur du Pingouin — et Man-Bat). Ou bien carrément un intégrale sur cela (un peu comme ici certes, mais sans la première histoire, déconnectée des autres et indéniablement la plus faible).

> Complément : à propos des 4 chapitres « 23 » bonus.

Comme évoqué en haut de l’article, 4 chapitres bonus centrés sur les ennemis de Batman (déconnectés de la série) faisaient partie du « Vilains Month ». Il s’agissait des épisodes #23.1 (Le Ventriloque), #23.2 (M. Freeze), #23.3 (Gueule d’Argile) et #23.4 (La fille du Joker) et ont été chroniqués dans cet article.

23.1 Le Ventriloque n’a pas été publié en France. Le récit est centrée sur Shauna la ventriloque et Ferdie son étrange pantin, qui proposent un spectacle à Gotham, dans un des rares lieux avec de l’électricité. Confus et très étrange, ce chapitre se poursuit dans la série Batgirl…

23.2 Mr Freeze a été publié dans le magazine Forever Evil #06. L’ennemi de glace profite du chaos régnant à Gotham pour régler de vieux comptes avec un ancien docteur d’Arkham. Son passé et ses motivations sont également évoqués, faisant écho au récit Batman : Annual #1 – Premières Neiges, publié dans Batman Saga #10.

23.3 Gueule d’Argile a été publié dans Batman Saga Hors-Série #05 et est complètement anecdotique, le récit De l’argile présent dans le second intégrale rend mieux hommage au personnage.

23.4 La fille du Joker a été publié en France dans le quatrième tome de la série Catwoman. Cette « fille » du Joker ne l’est pas vraiment, elle a juste récupéré son fameux masque de visage (voir Le Deuil de la Famille) et l’a endossé. Ancienne adolescente aux goûts morbides, elle sombre davantage dans la folie avec ce visage. Elle trouve refuge dans une grotte et va essayer de se l’approprier car de nombreux habitants sont descendus y vivre vu le chaos dans Gotham. Malheureusement il y a une hiérarchie machiste qui y règne. Cette « Fille du Joker » reviendra dans le chapitre #24 de la série Catwoman.

[À propos]

Publié en France chez Urban Comics le 11 octobre 2019

Scénario : Gregg Hurwitch
Dessins : Ethan Van Sciver, Szymon Kudranski, Alex Maleev et Alberto Ponticelli.
Encrage : Divers
Couleur : Hi-Fi

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Batman Saga Hors-Série #05 / Villains Month

Batman Vilains MonthComme expliqué dans cet article récapitulatif, seize ennemis de Batman ont eu droit à un chapitre spécial, la plupart se situant entre la fin de La Guerre des Ligues (Trinity War) et juste après le premier chapitre de Forever Evil (dans lequel Le Syndicat du Crime libère tous les détenus des prisonniers et asiles, et Ultraman déplace la lune devant le soleil, plongeant le monde dans l’obscurité permanente). À ce moment là Batman a disparu et ses ennemis sont en liberté et déambulent dans Gotham, où règnent l’anarchie, le chaos et la peur.

Rapide retour sur le cinquième hors-série de Batman Saga qui proposait six histoires, ainsi que plusieurs autres, publiées dans d’autres magazines ou uniquement disponibles en version originale (voir plus bas).

Batman Saga HS5 Double FaceBatman & Robin #23.1 : Double-Face dans : un conte à deux visages
L’Épouvantail propose à Double-Face d’intégrer La Société Secrète des Super-Vilains. Ce dernier accepte seulement s’il règle à sa façon, donc avec sa pièce, les sentences et meurtres prochains. Il retourne au tribunal et tue la plupart de ceux qui se dressent sur son passage.
► Au top niveau dessin mais histoire un peu étrange, il n’y a pas de réel but ou de motivations compréhensibles. Néanmoins cela permet de montrer toute la folie de Double-Face.
■ Scénario : Peter J. Tomasi / Dessin : Guillem March / Couleur : Tomey Morey

Batman Saga HS5 Killer CrocBatman & Robin #23.4 : Killer Croc dans : du sang dans l’eau
Une équipe de police parcourt les égouts de Gotham City. Killer Croc leur a demandé de venir, on découvre par ailleurs plusieurs pans de son passé. L’homme-reptile est également à la tête d’un vaste réseau sous-terrain.
► Un des rares récits à pointer l’aspect humain de Killer Croc, à travers sa jeunesse, son évolution et son rôle actuel. Au top graphiquement et très agréable à lire. Belle découverte !
■ Scénario : Tim Seeley / Dessin : Francis Portela / Couleur : Tomey Morey

Batman Saga HS5 Poison Ivy

Detective Comics #23.1 : Poison Ivy dans : le royaume vert
La femme fatale arpente les rues de Gotham City, emplie de chaos, tout en défendant des victimes d’hommes violents, ce qui lui rappelle son enfance avec son père. On découvre également son premier entretien avec Bruce Wayne.
► Les flash-backs sont magnifiques, à la limite du conte pour enfant au niveau des dessins ! Le reste est plutôt convenu et déjà-vu mais se lit bien.
■ Scénario : Derek Fridolfs / Dessin : Javier Pina / Couleur : John Kalisz

Batman Saga HS5 Man BatDetective Comics #23.4 : Man-Bat dans : descente
Kirk Langstrom découvre que sa femme Francine utilise son sérum qui le transforme en chauve-souris géante. Il va tenter de la stopper, quitte à lui-même sombrer à nouveau dans la folie…
► Une histoire qui s’inscrit dans la suite de Batman Incorporated (Talia al Ghul avait conçu son armée de Man-Bat) et de Detective Comics (Batman Saga #23 et #24 avec Le Pingouin et Francine). La descente aux enfers d’un homme. Peut-être moins accrocheur si on ne connaît pas les autres récits.
■ Scénario : Frank Tieri / Dessin : Scot Eaton / Couleur : Jeromy Cox

Batman Saga HS5 Gueule d'ArgileBatman : Dark Knight #23.1 : Gueule d’Argile dans : qu’est-ce qu’elle a ma gueule ?
Gueule d’Argile sait que son caractère impulsif est un gros défaut. Mais il ne peut s’empêcher de tuer ceux qui le vexent. Il va alors tenter de faire des efforts pour intégrer Le Syndicat du Crime en prenant une initiative.
► Montré comme une grosse brute, Gueule d’Argile ne brille pas particulièrement par son charisme ou son intelligence. Le récit n’a ici d’intérêt que pour sa brève connexion avec Le Syndicat du Crime, et donc les prémices de Forever Evil.
■ Scénario : John Layman / Dessin : Cliff Richards / Couleur : Matt Yackey

Batman Saga HS5 SphinxBatman #23.2 : Le Sphinx dans : solitaire
Edward Nygma infiltre les Entreprises Wayne, profitant du chaos régnant dans la ville, afin d’assouvir une vieille vengeance de l’époque où il était enfermé à l’Asile d’Arkham.
Joli écho à L’An Zéro, cette courte histoire a des planches très soignées. Comme d’habitude, les devinettes sont présentes et Le Sphinx est bel et bien un ennemi à ne pas prendre à la légère, même s’il ne faut pas chercher une complexité ici.
■ Scénario : Ray Fawkes (Histoire avec Scott Snyder) / Dessin : Jeremy Haun / Couleur : John Raush

Un magazine plutôt inégal donc, côtoyant du très bon (Killer Croc) et du moins bon (Gueule d’Argile). On ne sait pas pourquoi Batman a disparu et on sent bien que ces courtes histoires sont intercalées entre d’autres pans narratifs beaucoup plus importants. Il est donc conseillé de tout lire (La Guerre des Ligues puis Forever Evil) pour mieux apprécier ce hors-saga. Par ailleurs, selon les coups de cœur pour les ennemis du Dark Knight les avis peuvent varier.

– BONUS 1 –

• À lire dans Justice League Saga #08

Batman DeadshotJustice League of America #7.1 : Deadshot dans : Tu pointes et tu tires
Deadshot est contacté pour une mission : tuer quelqu’un à Gotham City. Parallèlement il se rappelle son enfance dans la même ville. La mort de sa famille et ses débuts en tant que tueur à gages.
Cet antagoniste du Dark Knight (à découvrir aussi dans La Cible de Deadshot) n’a de rapport avec lui que la ville (Gotham)/ Ce chapitre est à suivre directement avec celui d’Harley Quinn. Les dessins de la période passé sont largement mieux que ceux du présent et l’histoire retrace de nouvelles origines pour cet ennemi emblématique.
■ Scénario : Matt Kindt / Dessin : Sami Basri & Carmen Carnero / Couleur : Matt Milla & Jeromy Cox

Batman Harley QuinnDetective Comics #23.2 : Harley Quinn dans : Harley Couine
Au-dessus de Gotham, Harley prépare une opération secrète. Elle se rémémore son enfance puis ses premiers pas dans l’étude de la psychiatrie. Son arrivée à Arkham et sa lente descente vers la folie, tout en ayant conscience de garder une part de rationalité en elle.
Brèves origines de l’assistante démoniaque du Joker. Extrêmement plaisant à lire ! L’oscillement entre raison et folie est bien mis en avant, ainsi que la « conception » de son look. Le titre original était Harley lives (vit), moins drôle peut-être mais plus élégant que celui retenu, surtout avec le texte de la planche finale jouant l’ambigüité entre une arme et le sexe (Tire-moi !).
■ Scénario : Matt Kindt / Dessin : Neil Googe / Couleur : Will Quintana

Ces deux histoires servent d’introduction à la série Suicide Squad, dont le chapitre #24 commence dans Justice League Saga #09. Une équipe dirigée par Amanda Waller (qui dirige également La Ligue de Justice d’Amérique) et composée notamment de Deadshot et Harley Quinn, deux ennemis du Chevalier Noir. La suite de la série montrera leur point de vue pendant Forever Evil.

• À lire dans Forever Evil #01

Batman epouvantailDetective Comics #23.3 : L’Épouvantail dans : La Cité de la Peur
L’Épouvantail arpente les quartiers de Gotham City, ceux-ci sont plongés dans le noir et le chaos, Batman ayant déserté à priori la ville. La ville a été divisée en plusieurs territoires géré par un ancien interné d’Arkham, une idée du nouveau maire : Le Pingouin. Ainsi, le professeur Crane va croiser tour à tout mister Freeze, Le Sphinx (ayant pris résidence dans la bibliothèque, comme vu dans son propre récit), Poison Ivy (idem avec son nouveau territoire), Killer Croc, etc. Il propose à chacun d’eux de rejoindre La Société Secrète des Super-Vilains et prévient que le pénitencier de Blackgate a désormais ses portes ouvertes aussi et que Bane pourrait être un problème…
Sans aucun doute le meilleur chapitre de toute cette thématique. Répondant pertinemment aux autres par des échos subtiles (à Double-Face ou Le Pingouin) ou directement par les rencontres. L’atmosphère est glauque et le rendu graphique extrêmement bien soignée.
■ Scénario : Peter J. Tomasi / Dessin : Szymon Kudranski / Couleur : John Kalish
Batman BaneBatman #23.4 : Bane dans : Sombre Destin
À Santa Prisca, Bane tue plusieurs personnes avant d’entreprendre un voyage pour Gotham City. Ses contacts alliés ont libéré deux mille prisonniers de Blackgate et il déverse son venin à ses propres soldats. Il sait que les habitants n’ont plus de protecteurs et que la ville est désormais aux mains des fous d’Arkham. Ceux qu’il devra donc… combattre !
Les références à Knightfall sont nombreuses, le dessinateur de l’époque, Graham Nolan, rempile d’ailleurs pour l’occasion, ce qui est dommage, rien d’extra-ordinaire dans les dessins. Le récit est en revanche très alléchant sur ce qui se prépare.
■ Scénario : Peter J. Tomasi / Dessin : Graham Nolan / Couleur : John Kalish

Ces deux histoires servent d’introduction à la série Arkham War, ils ne sont pas du tout indépendants, à l’inverse des autres qui l’étaient plus ou moins. On comprend donc qu’il va y avoir d’un côté les prisonniers de Blackgate, avec Bane à leur tête, face aux anciens fous de l’Asile d’Arkham, qui règnent désormais sur Gotham City et dont l’Épouvantail est un peu l’apôtre de ses ex-compagnons de cellule. Un projet et une idée très… excitants !

• À lire dans Joker Anthologie

Batman JokerBatman #23.1 : Le Joker dans : l’Heure des Singeries
Le Joker capture un bébé gorille dans un zoo et va l’élever avec l’éducation qu’il aurait aimé avoir reçu. Lui qui n’a connu que la torture de sa tante…
Aucun rapport avec La Guerre des Ligues ou Forever Evil pour cette histoire consacré au Joker. C’est d’ailleurs pour cela qu’elle est publiée dans son recueil anthologique. Les planches du passé du Joker (qui peuvent tout à fait être crédibles en tant que « biographie ») sont sublimes. Celles du présent un peu moins. Mais surtout, cette étrange histoire de relation avec le singe est trop étrange pour qu’on y croit… Il y avait matière à renouer avec une facette d’humanité du Joker à travers un animal par contre, dommage.
■ Scénario : Andy Kubert / Dessin : Andy Clarke

– BONUS 2 –

Les publications de six chapitres (consacrés au Pingouin, à la Cour des Hiboux, à Ra’s al Ghul & La Ligue des Assassins, au Ventriloque, à Mister Freeze et à La Fille du Joker) ne seront à priori pas disponibles en France. Voici un bref résumé pour chacun d’entre eux.

Mise à jour 03.10.14 : le chapitre sur Mister Freeze sera publié dans le magazine Forever Evil #6, qui sortira le 14 novembre !

• Le Pingouin tue trois escrocs dans son Iceberg Casino et renoue ainsi avec ses anciennes habitudes. Il décide de reprendre le pouvoir sur Gotham City.
• La Cour des Hiboux jongle entre des récits passés dans Gotham avec l’emprise des Hiboux sur la ville et au présent, pendant Forever Evil, avec un père et sa fille, tous deux membres de la Cour qui se cachent. Cette histoire trouvera son dénouement dans la série Talon, inédite en France.
• Ra’s Al Ghul reçoit la visite d’un jeune homme lui proposant d’intégrer La Société Secrète des Super-Vilains. L’immortel refuse et commence un duel sur fond de sa vie, ses origines et bien sûr les quelques évènements survenus dans Batman Incorporated. Cette histoire continue dans la série Red Hood & the Outlaws, inédite en France sauf quelques épisodes publiés dans Batman Saga parfois.
• Le Ventriloque, ou plutôt Shauna la ventriloque et Ferdie son étrange pantin propose un spectacle à Gotham, dans un des rares lieux avec de l’électricité. Confus et très étrange, ce chapitre se poursuit dans la série Batgirl, disponible dans Batman Saga tous les mois.
• Mister Freeze profite du chaos régnant à Gotham pour régler de vieux comptes avec un ancien docteur d’Arkham. Son passé et ses motivations sont également évoqués, faisant écho au récit Batman : Annual #1 – Premières Neiges, publié dans Batman Saga #10.
• La Fille de Joker ne l’est pas vraiment, elle a juste récupéré son fameux masque de visage (voir Le Deuil de la Famille) et l’a endossé. Ancienne adolescente aux goûts morbides, elle sombre davantage dans la folie avec ce visage. Elle trouve refuge dans une grotte et va essayer de se l’approprier car de nombreux habitants sont descendus y vivre vu le chaos dans Gotham. Malheureusement il y a une hiérarchie machiste qui y règne. Cette « Fille du Joker » reviendra dans le chapitre #24 de la série Catwoman.

– CONCLUSION –

Seize histoires inégales, se déroulant plus ou moins à Gotham City pendant que Batman n’y est pas et que l’anarchie est le maître mot. Il aurait été bien d’avoir un chapitre d’introduction (#0) pour expliquer cet état des lieux et faire croiser plus intelligemment certains personnages. On comprend en filigrane que Le Pingouin est devenu le maire et a divisé la ville en zones attribuées à chaque ancien aliéné d’Arkham. À moins que ce soit plus explicite dans la série Forever Evil, il est dommage de ne pas avoir montré cela (dans un hypothétique chapitre d’introduction justement). Chaque chapitre permet toutefois de retracer un peu les origines de son personnage, notamment pour les moins connus.

Ces pièces d’un grand puzzle issu de Gotham City, et d’une manière plus étendue de l’univers DC Comics, s’emboîtent plus ou moins efficacement. Le côté trop indépendant de chacune des histoires est à la fois leur force et leur atout mais vu l’ampleur de l’opération il aurait peut-être été plus intéressant de concevoir un fil narratif axé davantage sur la ville et son contrôle par zone. Ce qui a été admirablement bien fait dans L’Épouvantail et un peu dans d’autres histoires mais l’ensemble est toutefois un peu bancal. Saluons l’initiative, plutôt inédite et risquée, et continuons surtout la lecture vers Forever Evil et, pour les fans de Batman surtout : Arkham War !